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2月25日

On n’épargne même pas les bébés

Pédophilie : On n’épargne même pas les bébés
Publié le: 24-02-2007 sur Maroc Hebdo

Deux ans. C'est l'âge de la victime d'un crime pédophile
perpétré dans la commune de Dar Bouazza, près
de Casablanca.

Douar Bent El Gazar. Les miséreux habitants de ce bidonville de Dar Bouazza, abrité des regards derrière les luxueuses villas et bungalows balnéaires, auraient fort probablement souhaité que l'on s'intéresse à leur village en tôle pour une toute autre raison qu’une sordide histoire de pédophilie.

La petite Yasmine. K, deux ans à peine, aussi. Même si,écarquillant ses yeux de bébé curieux, elle ne semble pas comprendre les raisons de l'agitation alentour. La fillette ne voit plus «âami Aziz» (oncle Aziz), son oncle paternel, qui venait à la maison chaque après-midi. Elle l'aimait bien pourtant, son tonton-bonbon.

Celui qui lui offrait toujours une friandise et la portait sur ses hautes épaules pour des promenades à travers les prés fleuris de sa bourgade natale. Pourquoi lui a-t-il fait mal? Yasmine ne reverra probablement plus jamais son oncle avant des années et gardera certainement de son proche parent le plus douloureux et odieux des souvenirs. Et pour cause…

Aziz.K, 28 ans, célibataire, couturier de son état, a été surpris en flagrant délit de viol sur sa petite nièce Yasmine. K par les éléments de la gendarmerie de Dar Bouazza, dans un champ avoisinant au Douar Bent El Gazar.

Arrêté et interrogé, Aziz. K est passé aux aveux peu de temps après, affirmant qu'il abusait sexuellement de la fillette depuis la fête de l'Aïd El Kébir (voilà un mois et demi environ), expliquant dans le détail comment il frottait son pénis contre l'appareil génital de la petite Yasmine après lui avoir retiré sa couche-culotte.

L'accusé est en revanche demeuré muet quant aux raisons qui l'ont poussé à commettre ces actes. Aziz. K avait été dénoncé quelques jours plus tôt par son frère aîné, Jelloul.K, le père de Yasmine, lui-même alerté par son épouse à la suite des avertissements d'une voisine.

Cette dernière avait été témoin par hasard, quelque temps auparavant, des agissements de l'inculpé. Comme Bouchra, la maman de Yasmine, la voisine en question n'a jamais douté un seul moment des desseins abjects du jeune Aziz, réputé dans tout le douar pour sa gentillesse et sa piété.

De nombreux habitants du bidonville prétendent même que l'agresseur de la petite Yasmine fait partie de la mouvance islamiste d'Al Adl Wa Lihsane, appartenance qu'aurait confirmée le moqqadem du douar à Najia Adib, présidente de l'association Touche pas à mon enfant, qui s'est portée partie civile dans ce dossier.

Najia Adib ne peut s'empêcher de réprimer un rire nerveux en rapportant les menaces proférées à son égard et à celui d'autres membres de son ONG par la famille de Aziz.K et son frère Jelloul ainsi que par d'autres habitants du Douar Bent El Gazar.

«Heureusement que nous avions avec nous des représentants de la kiyyada. Nous aurions sinon été bons pour une lapidation!», confie Najia Adib.

Contre toute attente, chez le père de Yasmine, la hantise de la malédiction parentale (sakht el walidine) et de l'opprobre sociale a en effet été plus forte que son amour pour sa fillette.

Menacé de reniement par ses parents et “conseillé” par ses amis avec lesquels il partage débats religieux et prières, Jelloul a fini par prendre la défense de son frère Aziz, affirmant que ses aveux ont été arrachés sous la torture et qu'il ne s'était rien passé sous prétexte que sa fille est toujours vierge.

Le ridicule ne tue pas, contrairement à l'ignorance. L'hymen ne se forme pas en effet avant l'âge de sept ans et une pénétration aurait de toute évidence et dans le meilleur des cas, exposé la fillette, bébé de 24 mois, à un très grave traumatisme physique. Voire, et c'est loin d'être un scénario inenvisageable, à une mort certaine.

A ce jour, les résultats des analyses de l'hôpital d'enfants d'Ibn Rochd ne sont pas encore disponibles, mais Yasmine, à deux ans, est vraisemblablement sujette à sa première infection sexuelle, à en croire les symptômes décrits par sa mère (douleurs urinaires, pertes verdâtres et odorantes, etc).

Une mère analphabète, qui n'a pas compris pourquoi son bébé criait de douleur en urinant. Et quand bien même l'aurait-elle su, quels moyens avait-elle pour la faire ausculter et soigner?

Et, comme si la terrible souffrance de son bébé et la misère quotidienne ne suffisaient pas, la mère de Yasmine a droit, en sus, aux coups de poing et oeils au beurre noir distribués généreusement par son époux, qui lui reproche de l'avoir incité à porter plainte contre son frère.

L'accusé, Aziz.K, est incarcéré actuellement au complexe pénitentiaire Oukacha, à Casablanca, en attendant son procès, le 6 mars 2007, au tribunal de première instance d'El Oulfa à Casablanca. Mais Najia Adib ne se berce pas trop d'illusions quant au verdict.

La justice au Maroc est, à ses yeux, comme à tous ceux des militants pour la protection de l'enfance, bien trop clémente à l'égard des pédophiles et tous ceux qui abusent sexuellement de mineurs. Pour ne citer qu'elle, la dernière affaire en date, celle du viol de Shérazade El Archi, une mineure de 15 ans, lui a laissé un goût d'amertume.

Son agresseur, un travailleur marocain en Italie, a bénéficié d'un an de prison avec sursis. Pourtant, l'article 485 du Code pénal marocain stipule clairement que les abus sexuels sur mineurs sont passibles de 10 à 20 ans de prison.

«Nous réclamons uniquement que la loi soit appliquée. Est-ce trop demander? Que signifient ces peines dérisoires, des avertissements à l'encontre de “vilains garçons”? De qui se moque-t-on? Nous préférerions encore que les pédophiles soient acquittés plutôt que d'annoncer en public des condamnations aussi ridicules. Faute de preuves, je ne peux pas, à ce jour, affirmer dans quelles affaires il y a eu corruption ou non.

Mais tout ce que je sais, en tant que mère et militante, c'est que si on laisse la loi de l'argent et l'impunité régner dans nos tribunaux, il ne faut pas s'attendre à ce que cette indolence et cette mansuétude découragent les criminels pédophiles», conclut Najia Adib.

Maroc hebdo